L'importance des bilans de compétence et d'orientation pour les personnes sortant de longues maladies : Réinventer sa carrière après un cancer
Après une longue maladie, surtout un cancer, la réinsertion professionnelle devient un défi complexe. Le bilan de compétences aide à réévaluer les priorités et à reconstruire un projet de vie adapté.
François Lay
11/26/20244 min read


Le cancer ne se limite pas à une pathologie physique ; il frappe profondément l'âme.
Près de 50 % des patients cancéreux souffrent de troubles psychologiques, dont l'anxiété et la dépression, impactant durablement leur qualité de vie (INCa). Le diagnostic est perçu comme l'un des stress les plus intenses, rivalisant avec des événements traumatiques tels que le décès d'un enfant, selon l'American Psychological Association.
La brutalité psychologique du cancer n'est souvent pas mesurée à sa juste ampleur, reléguant les souffrances mentales au second plan dans un système de soin centré sur le corps.
Après plusieurs mois, voire années, de lutte contre la maladie, la question de la réinsertion professionnelle se pose inévitablement. La maladie a non seulement marqué le corps, mais aussi bouleversé les repères personnels et professionnels. Le besoin de redéfinir un projet de vie, en adéquation avec une vision renouvelée du travail et de l’existence, devient alors crucial. C’est dans ce contexte qu’un bilan de compétence et d’orientation s’avère être une étape décisive.
Un tournant professionnel et personnel incontournable
C'est une évidence : une longue maladie transforme le rapport au travail.
Selon une enquête menée par l'INSEE, près de 60% des travailleurs ayant vécu une expérience de maladie grave font état d'un changement profond dans leur vision du travail, souvent marqué par une recherche accrue de sens.
Le concept traditionnel du travail, centré sur la réussite matérielle et l'ambition professionnelle, laisse place à une quête de bien-être, d’équilibre et de valorisation personnelle.
Dans ce contexte, se réorienter vers une nouvelle carrière peut s'avérer aussi nécessaire que complexe.
Il ne s'agit pas seulement de changer de métier, mais de repenser complètement ses priorités professionnelles.
L'impact d'une maladie grave sur l'identité professionnelle ne produit pas qu'une qu'une simple réadaptation des compétences techniques. C'est une redéfinition profonde des valeurs et des aspirations, qui ne peuvent être ignorées au risque de tomber dans l’illusion d’une "réinsertion" vide de sens.
Les compétences de savoir-être : un levier sous-estimé
Lorsqu’on parle de reconversion professionnelle après une maladie, le regard traditionnel porte souvent sur les "compétences techniques". Mais cette approche occulte un facteur primordial : le savoir-être. Ces compétences humaines, qu’il s’agisse de la gestion du stress, de la communication ou de l’empathie, ont un rôle déterminant dans la réussite de toute réorientation.
Les personnes confrontées à une maladie grave, et particulièrement à un cancer, développent souvent des capacités de résilience, d’adaptabilité et une gestion de l’incertitude qu’elles n’avaient peut-être pas avant.
Ces savoir-être sont souvent négligés dans les bilans de compétence classiques, qui privilégient les hard skills. Pourtant, il ne fait aucun doute que ces compétences interpersonnelles et émotionnelles jouent un rôle clé dans la réinsertion professionnelle, en particulier lorsque l’on cherche à réconcilier carrière et bien-être personnel. D’après l’Observatoire des Métiers de la Santé, 75% des recruteurs aujourd’hui considèrent que ces compétences sont tout aussi essentielles que les compétences techniques.
Dans le cadre d’une reconversion post-maladie, ces compétences prennent une dimension nouvelle. Elles permettent non seulement de mieux interagir avec un nouvel environnement professionnel, mais elles offrent aussi la capacité de prendre du recul et d’aborder la situation avec une perspective plus claire et apaisée.
L’évolution du système de valeurs : un facteur clé de réussite
La maladie modifie également les priorités de vie. De nombreuses études, dont celles de l’Institut de Recherche et Documentation en Économie de la Santé (IRDES), montrent que les personnes ayant survécu à un cancer réévaluent leur rapport au travail. Environ 70% des personnes interrogées affirment que la maladie a déclenché une réorientation de leurs valeurs professionnelles : recherche de sens, quête d’équilibre entre vie privée et vie professionnelle, ainsi qu’un désir d’avoir un impact positif dans leur environnement de travail.
Le bilan de compétence s’avère crucial pour mettre en lumière cette évolution. Il ne s’agit pas simplement de faire un état des lieux des compétences professionnelles acquises avant la maladie, mais de comprendre comment ces compétences se sont transformées et comment elles peuvent s’appliquer dans un contexte professionnel qui correspond mieux aux nouvelles valeurs de la personne.
L’une des conclusions majeures d’une étude menée par l'Association des Psychologues du Travail montre que 65% des personnes ayant effectué un bilan de compétence après une maladie grave ont trouvé une nouvelle orientation professionnelle plus épanouissante, car elle était alignée avec leurs nouveaux objectifs de vie.
L'impact concret : une meilleure réinsertion grâce au bilan de compétence
Un chiffre : 80% des personnes ayant suivi un bilan de compétence après une maladie grave retrouvent un emploi dans les six mois qui suivent.
Cependant, ce n’est pas uniquement la simple réinsertion qui est à l’étude, mais la qualité de cette réinsertion.
Selon une étude de l'Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes (AFPA), ceux qui bénéficient d'un accompagnement structuré, incluant une évaluation de leurs savoir-être et de leur évolution personnelle, sont plus aptes à s’épanouir dans leur nouvel emploi. Ils rapportent des taux de satisfaction professionnels supérieurs de 25% par rapport à ceux qui se réorientent sans une telle démarche.
Réinventer sa carrière pour réinventer sa vie
Le bilan de compétence est bien plus qu'un simple outil d'évaluation professionnelle. Il devient un outil de réinvention personnelle et professionnelle pour ceux qui sortent d’une longue maladie.
L’accompagnement personnalisé, qui prend en compte non seulement les compétences techniques mais aussi les compétences de savoir-être et l’évolution du système de valeurs, est indispensable pour réussir une reconversion professionnelle après une épreuve telle qu’un cancer.
L’expérience de la maladie, loin d’être un obstacle, peut devenir un atout majeur pour les personnes désireuses de trouver un travail qui leur correspond réellement.
Sources :
INSEE, "Les conséquences professionnelles des arrêts de travail prolongés" (2021).
Observatoire des Métiers de la Santé, "Les soft skills au cœur des métiers du secteur médical" (2022).
IRDES, "Les transformations du rapport au travail après une maladie grave" (2020).
AFPA, "Les bilans de compétence et la reconversion professionnelle" (2023).
Association des Psychologues du Travail, "L'impact des bilans de compétence post-maladie" (2022).